Vive le dopage PDF

Plusieurs facteurs concourent à vive le dopage PDF’évolution des psychotropes qui agissent sur la performance intellectuelle. J’accuse principalement les percées en neurologie et en pharmacologie, la pression sociale au regard de la performance, et la primauté de l’économie sur l’éthique.


Le dopage est partout. Mais fallait-il vraiment attendre l’affaire Festina pour le découvrir ? Tous les sports s’y sont mis depuis longtemps. Et tout le monde le savait. Alors pourquoi cet effarement ? Le docteur de Lignières et Emmanuel Saint-Martin l’expliquent, en démontrant ce qu’est vraiment la lutte contre le dopage en France : une idéologie intégriste, fondée sur la double loi du mensonge et du silence, qui cherche depuis trente-cinq ans à masquer son irréalisme et ses échecs. Depuis de nombreuses années, les dirigeants du sport font semblant d’adhérer à cette idéologie, tout en exigeant toujours plus des athlètes. Dès lors, ils banalisent ces pratiques. Mais qui se soucie vraiment de la santé des sportifs ? Pourquoi assure-t-on que les dopés risquent à coup sûr leur vie alors que les accidents sont rarissimes, alors que le sport de haut niveau, en lui-même, en provoque bien davantage ? Combien de champions sont des malades qui ne s’ignorent pas toujours ? Un accompagnement médical leur est-il indispensable ? Puisque les sportifs sont désormais des professionnels comme les autres, que leur activité est devenue un vrai métier, il faut en accepter les conséquences. Les soigner, les aider. Leur accorder une médecine du travail indépendante des employeurs comme des idéologues, capable de les protéger vraiment des conséquences d’un métier à hauts risques. Et donc admettre qu’une partie du dopage, une fois médicalisée. est peut-être la moins mauvaise des solutions.

Heureusement qu’il existe des institutions comme l’UQAM pour discuter de la question sur la place publique. Ma position, pour le moment, se résume à promouvoir un usage intelligent des psychotropes, comme toute autre technologie. La formule du débat, au demeurant, est le genre d’activité qui appelle à la performance. Pour marquer le point, peut-être devrais-je participer à la discussion sous l’effet du Ritalin.

Dans son numéro du 15 mars, le magazine L’actualité présente un dossier intitulé Intelligence sur ordonnance. Je rentre d’une très agréable expérience organisée par la Commission de l’éthique de la science et de la technologie. La rencontre était moins un débat qu’un « bar des sciences », une formule très décontractée et informelle qui favorise la participation du public. L’animation, par Sophie-Andrée Blondin, était conviviale et dans le ton, à un rythme de circonstance. Quoique très impressionné par les connaissances scientifiques des autres invités, Marc-André Bédard et Éric Racine, j’ai apprécié leur humilité et leur aisance devant un public ma foi assez disparate.

Marc-André Bédard et Éric Racine ont apporté un éclairage scientifique et utile sur la question des amplificateurs cognitifs. La CEST publiera au printemps un avis sur la question du dopage intellectuel. Le sujet est délicat, et il faut lui reconnaître l’audace de s’y attaquer. Pour l’heure, j’ajoute ci-dessous le texte que j’avais préparé pour mon tour de scène. Quoique la formule du bar des sciences ne m’a pas permis de m’y tenir, je le publie au bénéfice de ma communauté. Que ceux qui ont l’amabilité d’apporter de l’eau au moulin et qui n’y retrouvent pas leurs idées ne se vexent pas : j’ai tâché de faire valoir leurs points de vue durant la période d’échange avec l’assistance.

La question des amplificateurs cognitifs, ou des nootropiques, est trop complexe et trop évolutive pour donner lieu à des certitudes irrévocables. Le doute appelle le jugement, l’objectivité et l’ouverture d’esprit. D’importantes questions d’éthiques sont propres aux enfants, notamment le testage de nouveaux médicaments sur des enfants, et l’égalité dans l’évaluation et la performance scolaire. Faire l’autruche n’est pas une solution. Trop d’éducateurs manquent d’information pour prendre des décisions éclairées. Nous nageons dans l’ignorance sur le sujet, et les divergences morales ne font qu’exacerber la disparité des actions. Peut-on réellement jeter le blâme aux enseignants accablés par la tâche qui préconisent le Ritalin pour calmer les élèves qui ont la bougeotte, quand c’est le seul moyen qu’ils connaissent?