Ma joie crie t’elle? PDF

L’éducation sous contrainte » : l’intitulé semble faire passer l’éducation après ! La fonction du CEF n’est-elle pas d’isoler des jeunes dont on se méfie ? Cette défiance n’entraînerait-t-elle pas la fracture sociale plutôt que la socialisation ? Une finalité enfermante ne serait-ma joie crie t’elle? PDF donc pas vicieuse plutôt que vertueuse ?


Le jeu paraît faussé si l’ambition est plutôt de neutraliser que d’éduquer ! Contrainte et forcée, l’éducation en question obligera-t-elle l’élève à devenir maître de lui-même ? Ne s’agit-il jamais que de faire entendre la raison du plus fort -celui qui enferme, l’Etat, ce « monstre froid » selon Nietzsche, qui se prétendra légitime parce qu’il est le plus fort ? Comment pourra-t-on enseigner le civisme dans tel cadre ? Si l’éducateur n’est pas convaincu de cette légitimité, comment interviendra-t-il dans une logique à laquelle il n’adhère pas ? L’enjeu de l’éducation est la liberté.

Mais peut-on éduquer quelqu’un qui ne le veut pas ? Dans les deux cas on portera atteinte à sa liberté. Si éduquer consiste à développer des potentiels, l’éducateur est là pour donner des chances, des outils permettant de s’orienter, « s’en sortir ». Développer les potentiels d’un homme suppose qu’on lui permette d’en user : c’est prendre des risques, l’autoriser à être libre.

Mais quel risque peut-on prendre ou faire prendre à celui qui ne peut manoeuvrer à son gré : comment élever celui qui est arrêté, enfermé ? La nécessité de la contenance prouve son utilité, et réclame qu’on la prenne au pied de la lettre : c’est parce qu’ils ne sont pas libres qu’il leur faut apprendre la liberté ! Le difficile n’est pas de relier la liberté à la contrainte, mais de trouver l’équilibre, quand chacun tangue, de l’élève au prisonnier, de l’éducateur au maton. Y’a-t-il une éducation sans contrainte ?

Selon Hannah Arendt, l’éducation assure la survie de la civilisation : bien éduqué, le jeune est notre avenir, il hérite de notre culture qu’il renouvellera par sa capacité d’innover. Peut-on en dire autant de l’adolescent en CEF ? L’y a-t-on mis pour sauver la société ? Il y a un doute qui fait l’enjeu d’un premier débat : il n’est pas certain qu’on ait placé un adolescent là pour mieux miser sur lui. Il semble qu’on a plutot protégé la société du danger qu’il représente ! Lui mentira-on en lui faisant croire qu’il a choisi d’être là ?