Les grandes Questions économiques, politiques et sociales : Concours et examens PDF

Extrait de l’avant-propos de L’école, question philosophique, par Denis Kambouchner, publié en Janvier 2013, éditions Fayard, Paris. Certains des problèmes cruciaux de l’institution scolaire d’aujourd’hui sont pour une part irréductible des problèmes philosophiques. C’est les grandes Questions économiques, politiques et sociales : Concours et examens PDF première thèse de ce livre, et le point que les débats ordinaires sur l’école, où qu’ils se tiennent, tendent toujours à recouvrir. Ceux-ci sont aujourd’hui confus ou introuvables, en particulier s’agissant de la nature précise de ce qui est à enseigner et de ce qui est à évaluer.


11 thèmes pour une connaissance précise des questions économiques, politiques et sociales : liens sociaux et inégalités, la production et ses évolutions, le devenir du travail et de l’emploi, les revenus et leur répartition, la consommation, échanges marchands et non-marchands, la protection sociale, la croissance et le développement, le rôle de l’État et des politiques publiques, les échanges internationaux et leurs impacts, la mondialisation. Des QCM pour tester vos connaissances. Pour chaque thème, des questions types « examens et concours » traitées selon deux approches différentes. Des outils pour vous repérer : pour chaque thème, des références utiles ( bibliographie, filmographie, sitographie, mémo, etc. ), des index, des listes de sigles, des zooms pour aller plus loin.

Dissiper des confusions importantes, combattre les formulations obscures, redresser les questions mal posées, pointer les erreurs de raisonnement a toujours été l’une des vocations constitutives de la philosophie. Qui n’œuvre pas à des mises au point de ce genre n’est pas philosophe dans le sens plein du mot. Mais à l’inverse, tout ce qui apporte clarté et précision dans des matières mal débrouillées a par là même valeur philosophique. Par le mot d’école, on entend tout le système d’enseignement et d’encadrement des jeunes générations, des premières sections pour petits enfants jusqu’au seuil des études supérieures. Se pourrait-il que l’école, ainsi simplement désignée, soit une donnée d’hier plutôt que de demain ? Si l’école n’était pour les enfants qu’un lieu où apprendre, sans autre spécification, il y aurait peu à redire à cette prophétie. Pour apprendre toutes sortes de choses, nul besoin désormais d’un lieu : il suffit d’une incitation, d’une machine et d’un logiciel, au besoin d’une connexion et d’une ou plusieurs adresses.

Une chose est néanmoins que la forme scolaire de l’éducation ne soit pas près d’être dépassée, une autre que le bon fonctionnement de l’école comme lieu de rassemblement et d’étude soit aisé à garantir. L’école alimente un grand nombre de discours, c’est-à-dire aussi d’idées et de passions : le fait est aussi qu’elle se nourrit d’idées et de discours, notamment à dimension normative, et c’est un trait qui la singularise parmi beaucoup d’autres dispositifs institutionnels. Les questions philosophiques touchant l’école se rapportent à des principes : cela ne veut pas dire qu’elles soient intemporelles. Elles doivent au contraire s’articuler à des constats qui valent pour certains temps et certains lieux, et qui eux-mêmes doivent être établis et formulés avec mesure, loin des exaltations, des déplorations et des prophéties.

Il est très vrai que nous vivons depuis longtemps avec ce mot, qui est d’une certaine manière consubstantiel de « l’expérience moderne du temps ». Une « crise » omniprésente, permanente et apparemment insurmontable mérite-t-elle encore ce nom ? Parmi les nombreux symptômes de cette crise, dont le premier est appelé « l’échec scolaire », il faut compter le blocage du débat public et le dérèglement de la parole institutionnelle. Il est vrai que durant les années capitales où s’est accomplie la « massification » du système éducatif, les esprits penchés sur le devenir de ce système étaient peu nombreux.

Le malheur moderne a voulu que ce processus intervienne exactement au moment où, en France, en Europe de l’Ouest et dans d’autres régions encore, une pensée hypercritique à l’égard des institutions connaissait une sorte d’acmé. En dehors même du constat de crise, un facteur déterminé donne à cette question une nouvelle urgence : il s’agit de la nouvelle omniprésence du numérique, et de la pression croissante qui en découle en faveur d’une conversion généralisée des pédagogies. Une révolution technologique est par définition source d’émerveillement et d’espérance, à plus forte raison si les inventions, exploits et applications s’y succèdent à une allure vertigineuse. Nul ne peut être insensible à ce qu’apporte cette révolution-ci de virtualités innombrables, et déjà de ressources pour le présent. Pourtant, au cœur de l’éducation scolaire, il y a une relation de parole à parole. Il faut, ou il fallait, d’une nécessité très ancienne, que la parole de l’enfant ou de l’adolescent rencontre celle du professeur et que quelque chose de positif se noue entre elles, pour ensuite se matérialiser dans certaines espèces de prestations, notamment écrites.

Comment maintenir ce nouage en présence de l’outil numérique ? Dans les conditions très tendues qui sont celles des économies, des sociétés et des institutions d’aujourd’hui, il est vital que l’on sache distinguer entre les problèmes effectifs et cruciaux et ceux qui n’ont de réalité qu’idéologique. Peu d’interrogations sont plus vaines que celles qu’on cultive, au sein de l’institution scolaire française, s’agissant du statut des savoirs et des médiations qu’il faudrait construire pour susciter chez les élèves le désir d’apprendre. L’histoire de ce dissentiment est liée à l’étonnante longévité d’un système d’éducation des élites hérité du XVIe siècle et qui a perduré, à travers le lycée du XIXe siècle, jusqu’au début des années soixante. En matière pédagogique, les trois siècles écoulés ont été l’âge des théories.

Toutes sortes de méthodes visant à garantir ou perfectionner les apprentissages, tout en mettant l’accent sur le respect de l’enfant, ont été expérimentées et appliquées, les unes en milieu restreint, les autres à l’échelle de nations entières. Il vaudrait beaucoup mieux qu’à l’égard de théories discutées, les textes régissant les institutions restent neutres et impartiaux. Cela ne revient pas à demander qu’ils évitent tout concept, mais qu’ils ne contiennent rien qui ne soit véritablement éprouvé, c’est-à-dire passé par avance au crible de toutes sortes d’objections. De quelque manière qu’on prenne les choses, la question posée par la nouvelle omniprésence du numérique est celle de la dimension humaine de l’éducation scolaire. Or, pour être exacte et compréhensive, ferme et ouverte, attentive, rigoureuse et modulée, la parole adulte doit être instruite à un haut degré. Le fond de cette relation de parole a été parfaitement décrit voici cinq siècles par les écrivains humanistes, parmi lesquels Érasme, en compagnie de qui ce livre se terminera.