Le préfet, les juges et le berger : L’affaire colonna PDF

Quelques heures après l’assassinat du préfet, la police interpelle trois jeunes dont le préfet, les juges et le berger : L’affaire colonna PDF signalement correspond aux premiers témoignages recueillis par les enquêteurs. Ils seront innocentés et remis en liberté dans les jours qui suivent.


U n préfet assassiné, deux revendications, une guerre des nationalistes, un commando de  » soldats perdus « , des paillotes incendiées, un préfet démis de ses fonctions et condamné, une guerre des polices, plusieurs juges antiterroristes, des dénonciations, des aveux et des rétractations ; plus de quatre cents gardés à vue, une piste  » agricole  » et une dizaine d’incarcérations sans lendemain, une traque et une cavale de quatre ans, une arrestation surmédiatisée, une cour spéciale, cinq procès retentissants – du commando, de l’accusé, de ses soutiens – un procès en cassation, un condamné qui s’accuse, un accusé qui clame son innocence, des témoins et des experts, deux présidents de la République, une campagne électorale et une cohabitation, plusieurs ministres de l’Intérieur, deux familles qui réclament justice, l’une pour l’accusation, l’autre pour la défense… Depuis treize ans maintenant, cette chronique judiciaire exceptionnelle nommée  » l’affaire Erignac  » dans un premier temps, devenue aujourd’hui  » l’affaire Colonna  » enflamme les esprits, sans que la Vérité ni la Justice, elles-mêmes, n’aient semblé pouvoir se frayer enfin un chemin…

Le 9 février 1998, le communiqué d’un groupe baptisé les  Anonymes  revendique l’assassinat. Les enquêteurs commencent alors à s’intéresser à cette action et aux nombreuses revendications précédant l’assassinat, notamment celle d’un mystérieux groupe  Sampieru  qui menace les hauts représentants de l’État en Corse. Le fondateur de ce groupe clandestin est le militant nationaliste Marcel Lorenzoni, agriculteur et ancien para. La fin des mises en examen n’interviendra que le 30 juin 2016 suite à une ordonnance de non-lieu signée par la juge d’instruction du parquet antiterroriste , Laurence Le Vert. Le 27 mars 2017, le tribunal de grande instance de Paris condamne l’Etat en raison du « délai déraisonnable de la procédure d’instruction » à la demande de neuf personnes mises en examen en 1998 et n’ayant plus été entendues depuis 1999. Parallèlement à l’enquête policière et judiciaire, le préfet Bernard Bonnet, alors qu’il n’en a ni les prérogatives ni les compétences, mène sa propre enquête avec le groupe de gendarmes du peloton de sécurité.

Un informateur secret proche, selon le préfet, de la mouvance nationaliste, qu’il surnomme Corte, lui donne le nom de plusieurs membres du groupe qui aurait planifié l’assassinat. En effet, l’exploitation du trafic téléphonique filaire et cellulaire, enregistré par les relais d’Ajaccio, permet d’établir un listing de 3682 conversations échangées entre 20 h 10 et 21 h 40. Les enquêteurs isolent les deux lignes de Maranelli et Ferrandi, dont huit échanges courts pourraient correspondre à l’organisation de l’assassinat, ce qui permet finalement de procéder à des interpellations. Le matin du 23, les policiers interpellent Joseph Versini et Martin Ottaviani, mais Yvan Colonna parvient à prendre la fuite après être passé à la télé plusieurs fois pendant la journée. Le 2 août 2001, l’enquête est close. Le cas d’Yvan Colonna, alors toujours en fuite, est disjoint. 15 à 25 ans de prison Joseph Versini, Marcel Istria, Martin Otaviani et Didier Maranelli.

Le samedi 19 juillet 2003, à Ajaccio, plusieurs milliers de personnes manifestent contre les verdicts du procès de l’affaire du préfet Claude Érignac. Le dimanche 20 juillet 2003, deux bombes explosent à Nice, vers 2 h 30 du matin, à quelques minutes d’intervalle à la perception principale. Le jeudi 16 octobre 2003, le ministre de l’intérieur, Nicolas Sarkozy, inaugure, à Ajaccio, une nouvelle plaque commémorative à la mémoire du préfet Claude Érignac, tué par des nationalistes corses. Le 21 mars 2006, Jean Castela et Vincent Andriuzzi sont mis en liberté conditionnelle. Le 4 juillet 2003, après quatre années de fuite, Yvan Colonna est arrêté et mis en détention provisoire. Ses avocats interjettent appel, suivis en cela par le parquet de Paris.

Le procès en appel, à nouveau devant la Cour d’assises spécialement composée à Paris, se tient du 9 février au 27 mars 2009. Le 11 mars 2009, Yvan Colonna récuse ses avocats et quitte le procès au motif qu’une reconstitution a été refusée. Le procès se terminera sans eux. Yvan Colonna est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d’une période de sûreté de 22 ans pour  assassinat en relation avec une entreprise terroriste et association de malfaiteurs en vue de la préparation d’actes de terrorisme . Selon Me Sollacaro, au sujet du courrier qu’Alessandri a écrit au juge Laurence Le Vert, s’accusant d’être le  tireur  :  C’est un document qu’il voulait concrétiser depuis plusieurs mois, qu’il a mûri longuement.

Il ressentait la nécessité de faire ses déclarations. Mais, au gré des événements et des circonstances qui entouraient le dossier, il en différait l’envoi . Me Lemaire, avocat de la famille Érignac, ne croit pas à l’aveu d’Alessandri, qui, lors du procès en 2003, a déclaré :  Ma participation me place au même niveau de responsabilité que celui qui a tiré . Toujours selon Me Lemaire, il ne saurait y avoir de non-lieu pour Yvan Colonna car  il existe un ensemble de présomptions contre Yvan Colonna qui sont extrêmement lourdes. Il y a des dépositions sérieuses qui attestent, par exemple, de sa présence sur les lieux du crime, en repérage .

D’autre part, Colonna s’est soustrait à la justice française durant près de quatre ans en se cachant. Le lendemain, il déclare :  La cavale d’Yvan Colonna était une insulte à la mémoire du préfet Érignac. 2006,  l’affaire Colonna  suscite de nombreux soutiens, notamment celui de la Ligue française des droits de l’homme, l’avocat de Yvan Colonna faisant partie de cette organisation. Philippe Valode, Les énigmes de la Ve République, Éditions Générales First, 2007, p. Bernard Bonnet, Préfet en Corse, Michel Lafon, 1999, p. Affaire Erignac: l’Etat condamné à verser 100 000 euros à neuf personnes , LExpress. Anatomie d’un procès truqué, Max Milo, 2011, p.

Pierre Poggioli, De l’affaire Bonnet à Matignon, DCL, 2001, p. Mes convictions intimes, Jean-Claude Kross, Dominique Paganelli, Pygmalion, 2009. Colonna : la justice terroriste dans l’impasse, fidh, juin 2009. Colonna saisit la Cour européenne des droits de l’Homme, sur le site tempsreel.

Nicolas Sarkozy, ministre de l’intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales, sur l’arrestation d’Yvan Colonna, assassin présumé du préfet Claude Érignac, Paris le 5 juillet 2003. Yvan Colonna assigne Nicolas Sarkozy pour atteinte à la présomption d’innocence. Michel Codaccioni, Corse, Assassinat d’un Préfet. De l’assassinat de préfet Érignac à l’arrestation du préfet Bonnet. Alain Laville, Un crime politique en Corse. Pierre Poggioli, Chroniques d’une île déchirée.