La Métaphysique des chiffres PDF

François Morellet a, pendant plus de soixante ans, développé une œuvre majeure au sein de l’abstraction géométrique. L’exposition RÉINSTALLATIONS met l’accent sur un aspect particulier du travail de François Morellet : en collaboration avec les commissaires de l’exposition, Alfred Pacquement et Serge Lemoine, l’artiste a choisi de montrer vingt-six installations qui retracent les grands axes de ses recherches, de 1963 à aujourd’hui. La programmation du Centre Pompidou la Métaphysique des chiffres PDF voulu que cette exposition soit présentée après celle consacrée à Mondrian et De Stijl. L’occasion était trop belle pour ne pas mettre en perspective les œuvres de l’artiste avec le vocabulaire formel des avant-gardes modernes dont il est parti.


Signalons qu’en complément à l’exposition, des peintures des années 50 sont regroupées dans la salle 39 du Musée, près de l’espace consacré au mouvement cinétique auquel Morellet a participé. L’art peut être à présent envisagé comme un moyen de connaissance, connaissance des phénomènes perceptifs, connaissance de la manière dont les données perceptives peuvent se faire le véhicule d’une intention, connaissance de la raison d’être et des modes de fonctionnement de l’art lui-même. Au-delà de la démarche intuitive que revendique encore Mondrian, un pas reste à franchir vers l’objectivité. Pour Morellet, comme pour Mondrian et les autres membres du groupe De Stijl réunis par Theo Van Doesburg, l’adoption des formes géométriques représente un moyen de dépasser la question du style et son identification à la personne de l’artiste. En 1949 déjà, il s’est enthousiasmé pour les motifs géométriques que déploient les tapas polynésiens, tissus d’écorce battue découverts au Musée de l’Homme à Paris.

Artiste autodidacte, les arts primitifs retiennent toute son attention car ils offrent le contre modèle de l’art sanctifié. Ancien élève du Bauhaus de Dessau, ayant rejoint le mouvement Abstraction-Création en 1932 par l’intermédiaire de Piet Mondrian et Georges Vantongerloo, Max Bill est alors le représentant du groupe Art concret, inscrit dans la filiation du mouvement dont Theo Van Doesburg rédigea le manifeste en 1930. En 1949, Max Bill a, par ailleurs, publié La Pensée mathématique dans l’art de notre temps, ouvrage dans lequel il exprime sa volonté de rationaliser les processus de création, destituant le rôle attribué à l’imagination au profit de la  conception mathématique  de l’œuvre. Autant d’idées auxquelles Morellet ne tarde pas à adhérer. Lors de ce même voyage, Morellet rencontre Almir da Silva Mavignier, grâce auquel il rencontrera Max Bill quelques années plus tard.

François Morellet, 6 répartitions aléatoires de 4 carrés noirs et blancs d’après les chiffres pairs et impairs du nombre Pi, 1958 Ensemble de 6 éléments. En 1953, Morellet réalise 16 Carrés, tableau dont le titre contient le programme, tableau le plus épuré qu’il n’ait alors jamais réalisé. Il décide de ne plus travailler que sur des toiles de format carré, de manière à ce que le support initial soit parfaitement neutre. Son travail s’organise dès lors par séries, prenant pour objet un élément du vocabulaire pictural. Constitué de 6 panneaux carrés, eux-mêmes divisés en 4, aléatoirement blancs ou noirs, 6 répartitions aléatoires de 4 carrés noirs et blancs d’après les chiffres pairs et impairs du nombre Pi présente des possibilités de combinaisons à la fois simples et multiples engendrant comme un mouvement dans la mémoire visuelle. Les trames superposées des années 1960 et 1970 donneront à voir les conditions mêmes de la vue. Elles rendront perceptible la constitution de l’œil humain et notamment sa fovéa, zone de netteté limitée qui, en se déplaçant sur la toile, engendre comme un effet de scintillement, une éclosion incessante de petits ronds, là où seules des droites s’entrecoupent.

Posée comme un hommage à Mondrian, l’œuvre rappelle sans équivoque le motif des Jetée et Océan et des Plus-Minus réalisés entre 1915 et 1917, et qui synthétisent l’image des variations de la lumière sur l’océan. Morellet et Soto nouent alors une amitié qui ne prendra fin qu’à la mort de ce dernier. Par son intermédiaire, il rencontre, en 1956, François et Vera Molnar. La première période de Morellet est, comme nous venons de le voir, marquée par la figure tutélaire de Mondrian, contre celle de Van Doesburg, auquel il associe l’image de l’inconstance, ce dernier passant des verticales aux obliques et par toutes sortes de variations par trop fantaisistes après 1923. La référence explicite du titre de l’installation Plus ou moins que Morellet réalise en 1975, constitue encore un hommage au peintre de Plus-Minus.