L’âme des mots, maux de l’âme… PDF

Alain FINKIELKRAUT, ayant été élu à l’Académie française à la place laissée vacante par la mort de M. C’est le titre de mon tableau, rétorqua le douanier Rousseau. Le directeur plissa son nez, qu’il avait fort grand, et agita son index, qu’il avait fort long. Mon pauvre ami, avec ce titre-là, vous l’âme des mots, maux de l’âme… PDF le vendrez jamais, votre tableau.


Ce livre vous invite à voyager dans les méandres de l’identité et de la condition humaine. Par la magie des mots, par la force du verbe, il propose des instantanés photographiques de notre quotidien, qu’il traduit en rimes, rend hommage à l’Etre dans sa plénitude et dans ses besoins : regards, reconnaissance et échanges, et dénonce les rapports égoïstes et méfiants qui s’installent dans notre société. Les deux pieds bien campés sur les deux rives de la mer Méditerranée, Kamel M’RAD tente d’harmoniser le mélange qu’il tient de la sensibilité orientale acquise par sa naissance en Tunisie et de la culture occidentale dont il été nourri. Se considérant enfant du Monde, il tient un discours, entre réalisme et rêverie, teinté d’allégories, sincérité et franchise.

Rousseau qui, de son passage dans l’administration de l’octroi, avait gardé le goût d’aller au fond des choses. C’est un nom à éternuer, ça. Mon cher monsieur, retenez bien ceci : un client qui éternue, c’est un client qui n’achète pas. Ce doit être une loi de la nature. Mettez Juniet et n’en parlons plus, dit le directeur. C’est le nom d’un de mes cousins.

Très honorablement connu dans tout le Gâtinais, ajouta-t-il après un temps et sans doute pour balayer les dernières réticences du peintre. Telle est la scène qui, s’il faut en croire le célèbre historien d’art Arthème Faveau-Lenclume, se serait déroulée, par une belle journée d’octobre 1908, dans une modeste galerie de la rue des Saints-Pères. Et un nom cacophonique, un nom dissuasif, un nom invendable, un nom tout hérissé de consonnes rébarbatives, comme Bztornski ou mieux encore, comme Karfunkelstein, le patronyme dont l’extrême droite avait affublé Léon Blum pour faire peur aux bons Français, un nom à éternuer en somme, et même, osons le dire, un nom à coucher dehors, est reçu aujourd’hui sous la coupole de l’institution fondée, il y aura bientôt quatre siècles, par le cardinal de Richelieu. Né quelque dix ans seulement après cette diatribe du futur académicien Pierre Gaxotte contre le chef du gouvernement de Front populaire :  Comme il nous hait !

Il nous en veut de tout et de rien, de notre ciel qui est bleu, de notre air qui est caressant, il en veut au paysan de marcher en sabots sur la terre française et de ne pas avoir eu d’ancêtres chameliers, errant dans le désert syriaque avec ses copains de Palestine , l’héritier de ce nom n’en revient pas. Ce nom d’ailleurs, je ne l’ai pas toujours porté au complet. Pour simplifier la vie des professeurs, pour ne pas affoler le personnel administratif, et pour éviter à mes condisciples la tentation d’une plaisanterie facile sur la dernière syllabe, mes parents ont obtenu qu’à l’école ou au lycée je me fasse appeler Fink ou Finck. Et en ce jour, c’est aux miens que je pense.

Juifs ashkénazes nés dans le baby-boom de l’après-guerre, je n’ai pas connus. Lvov, alors ville polonaise, mais qui, je l’ai appris tardivement, préférait l’étude et la fréquentation des livres sacrés. Cet amour, j’ai essayé de l’exprimer dans plusieurs de mes livres et dans des interventions récentes. Cela me vaut d’être traité de passéiste, de réactionnaire, voire pire, et même le pire par ceux qui, débusquant sans relâche nos vieux démons, en viennent à criminaliser la nostalgie, et ne font plus guère de différence entre Pétain et de Gaulle, ou entre Pierre Gaxotte et Simone Weil. Un défenseur exalté de l’identité nationale, oublieux de ses origines vagabondes et astreint à faire l’éloge d’un collabo : il n’y a pas de hasard, pensent nos vigilants, et ils se frottent les mains, ils se lèchent les babines, ils se régalent à l’avance de cet édifiant spectacle. Les moins mal intentionnés eux-mêmes m’attendent au tournant et j’aggraverais mon cas si je décevais maintenant leur attente. Je commencerai donc par là mon cheminement dans la vie et l’œuvre de celui à qui aujourd’hui je succède.

Louis Carette, c’était son nom, est né à Cortenberg, dans le Brabant, le 16 septembre 1913. Au commencement, écrit-il dans son autobiographie, Les Années courtes, il y eut un grand tumulte. Ses premiers souvenirs sont des souvenirs d’épouvante : la guerre, le sac d’une ville, des incendies, des morts. Cela ne devrait pas être ça.

Félicien Marceau n’oubliera jamais cette double injonction. Elle déterminera aussi bien son art littéraire que sa philosophie de la vie. Ainsi, dans Le Corps de mon ennemi, choisit-il d’ouvrir les yeux du lecteur sur le recouvrement de la réalité par sa désignation, à l’aide d’une métaphore dont le comique évocatoire eût enchanté le père Théodule :  Chaque fois qu’on pose un mot sur une chose, c’est comme un veston qu’on accroche à une patère : la patère disparaît. Après ses années de collège, Louis Carette entre à l’Université de Louvain.