J’ai oublié mon ours ! PDF

Juste après dresseuse d’ours Les histoires d’une jeune généraliste, brutes et non romancées. Et mes fesses, elles sont roses, mes fesses ? C’est très compliqué, d’expliquer pourquoi dépister un cancer ne sauve pas forcément de vies, et pourquoi ne pas dépister peut parfois le faire. D’abord parce que c’j’ai oublié mon ours ! PDF tout à fait contre intuitif.


C’est facile, joli et surtout rassurant de se dire  On passe un examen pour chercher un cancer, pis si on en trouve un on peut le traiter avant qu’il ne soit trop tard. C’est super séduisant, ça paraît absolument logique. Alors qu’expliquer le contraire, c’est relou, ça demande des maths et des stats et des raisonnements chiants. Et puis on n’a pas très envie d’y croire, même quand on a tout lu avec les sourcils froncés et tout compris.

Ensuite parce que c’est la seule partie visible de l’iceberg. On connait tous, de près ou de loin, quelqu’un qui a été sauvé par le dépistage d’un cancer. On a tous un exemple pour dire  Oui bah peut-être mais en attendant, si ma tante avait pas passé de mammographie, on aurait jamais trouvé son cancer et maintenant elle va très bien et elle est très reconnaissante qu’on lui ait sauvé la vie  ou malheureusement pour dire  Oui bah peut-être mais en attendant, ma tante s’est pas fait dépister et elle a eu un cancer et elle est morte. Parce que précisément on ne peut voir que ça : on ne peut voir que ce qui se passe, et on ne peut pas voir ce qui ne se passe pas.

Du coup, aucun patient ne viendra jamais me dire  Ohlala docteur merci tellement de ne pas m’avoir dépisté quand j’avais 60ans, je ne serais plus là pour vous remercier si vous l’aviez fait , parce qu’on ne peut pas savoir. Et ça renforce encore cette impression intuitive que le dépistage, ça doit forcément marcher : c’est absolument logique que ça marche ET on a des exemples sous les yeux de gens pour qui tout porte à croire que ça a marché. Et pourtant, en médecine, on essaie de baser nos attitudes sur des faits, sur des études. Avant de donner un médicament, on essaie de prouver qu’il est efficace, et qu’il apporte le plus souvent plus de bien que de mal quand on le prescrit. Mais dans l’idée, on est censés essayer de le faire. On essaie de fonctionner comme ça le plus souvent possible, parce que précisément les  Moi j’ai l’impression que ça marche sur mes patients  et les  Ca semblerait logique que ça marche donc ça devrait marcher , bin c’est pas suffisant.

Et hélas, on a de plus en plus de grosses études, avec des gros effectifs et des longues années de recul qui viennent nous mettre sous le nez les unes après les autres ce résultat dérangeant : la plupart de nos stratégies de dépistages précoces des cancers ne sauvent pas de vie. Et croyez le bien, ça ne me réjouit pas plus que vous. Du coup, avec mon ami physicien-qu’est-plus-balaise-que-moi-en-pubmed-et-en-lectures-critiques-d’articles, on va essayer de se fader un billet long et chiant pour essayer d’expliquer un peu tout ça, et où on en est aujourd’hui de ce qui a l’air de sauver des vies ou pas. Vous trouverez en bas d’article tout un tas d’autres références d’autres articles sur d’autres blogs qui traitent du même sujet. D’abord, on va commencer par schématiser le processus de dépistage, tel qu’il est pratiqué la plupart du temps. Cet examen ne cherche pas le cancer directement, mais un signe dont on sait qu’il est souvent lié au cancer.