Essai sur le système social PDF

Dons et contre-dons, articulés autour de la triple obligation de  donner-recevoir-rendre , créent un état de dépendance qui autorise la recréation permanente du lien social. En s’intéressant ainsi aux  essai sur le système social PDF archaïques du contrat  émanant des échanges dons-contre-don, Marcel Mauss cherche à mettre en évidence la nature du lien qui permet à ces sociétés d’exister.


Essai sur le système social (par J.-B. Bourget)
Date de l’édition originale : 1819

Ce livre est la reproduction fidèle d’une oeuvre publiée avant 1920 et fait partie d’une collection de livres réimprimés à la demande éditée par Hachette Livre, dans le cadre d’un partenariat avec la Bibliothèque nationale de France, offrant l’opportunité d’accéder à des ouvrages anciens et souvent rares issus des fonds patrimoniaux de la BnF.
Les oeuvres faisant partie de cette collection ont été numérisées par la BnF et sont présentes sur Gallica, sa bibliothèque numérique.

En entreprenant de redonner vie à ces ouvrages au travers d’une collection de livres réimprimés à la demande, nous leur donnons la possibilité de rencontrer un public élargi et participons à la transmission de connaissances et de savoirs parfois difficilement accessibles.
Nous avons cherché à concilier la reproduction fidèle d’un livre ancien à partir de sa version numérisée avec le souci d’un confort de lecture optimal. Nous espérons que les ouvrages de cette nouvelle collection vous apporteront entière satisfaction.

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Marcel Mauss se demande pourquoi un don entraine un contre-don. L’échange dans les sociétés  primitives  apparait non comme une simple opération économique propre à assurer le bien-être, mais comme un phénomène ayant des implications sur l’ensemble du fonctionnement de la société. De manière générale, l’échange traduit la manière dont les sous-groupes sont imbriqués, il est une matérialisation des relations sociales. Pour lui, l’échange primitif est profondément différent dans sa nature de l’échange au sein de la société de marché et très éloigné de la logique de l’Homo œconomicus.

Les mariages entre hommes et femmes de sous-groupes différents ou l’éducation d’un enfant par la famille de son oncle maternel sont des exemples de ce type d’échange qui établit des liens durables et où les communautés s’ obligent  mutuellement. Un contre-don ne peut suffire à éteindre la dette initiale car il s’est créé un état complexe d’endettement et d’inter-dépendance qui autorise la recréation permanente du lien social. Lorsque les prestations de don et contre-don prennent un caractère compétitif, on dit qu’elles sont de type agonistique. Le terme désigne alors des cérémonies grandioses au cours desquelles nombres d’objets, de festins, de rites, de festivités sont donnés, allant même jusqu’à la destruction d’objets de grande valeur,  la consommation et la destruction y sont réellement sans bornes. Dans certains potlatchs on doit dépenser tout ce que l’on a et ne rien garder.

Dans ce type d’échange, l’honneur des participants et de leur groupe d’appartenance est en jeu, ainsi que leur rang dans la société. Bien que l’acte d’échange soit réalisé par des chefs, ce ne sont pas des individus qui échangent mais des collectivités toutes entières. C’est avec la distribution de biens qu’un chef acquiert de la reconnaissance sociale. Le don exprime toujours une supériorité du donateur sur le donataire.

Marcel Mauss met en évidence les points communs entre la pratique du potlatch du Nord-Ouest américain avec celle du kula des sociétés du Nord-Est de la Nouvelle-Guinée, étudiées par Malinowski. La logique de cet échange agonistique est différente des simples prestations totales car il vise à toujours donner plus dans l’idée de rompre la réciprocité du don et retourner la situation à son profit. Dans cet ouvrage, Marcel Mauss met en évidence que derrière des pratiques d’apparente générosité, gratuité et liberté se cache un cadre très strict de règles et codes sociaux qui oblige à donner, à recevoir et à rendre. Ne pas pouvoir rendre — ou ne pas pouvoir rendre à la hauteur de ce que l’on a reçu — c’est aussi se maintenir dans une position d’infériorité vis-à-vis du donateur. Le don est le départ d’une relation de réciprocité mais le contre-don est différé dans le temps. Mais il est, dans toute société possible, de la nature du don d’obliger à terme.

Par définition même, un repas en commun, une distribution de kava, un talisman qu’on emporte ne peuvent être rendus immédiatement. Ce laps de temps nécessaire est celui de la dette qui maintient le lien social actif. Le temps de la dette sous-tend la notion de crédit. Dans son essai, Marcel Mauss cite un passage de l’œuvre de Franz Boas où ce dernier explique qu’un Indien organise un potlatch pour rembourser ses dettes contractées plusieurs années auparavant et pour  placer les fruits de son travail de telle sorte qu’il en tire le plus grand profit pour lui aussi bien que pour ses enfants .

Des trois obligations en jeu lors d’une relation d’échange, l’obligation de rendre est celle qui suscite le plus d’interrogation chez Marcel Mauss. En effet, dans un contexte où toutes les règles sont tacites, où aucun contrat ne régule la relation, qu’est-ce qui pousse le donataire à rendre au donateur ? Ce qui oblige à rendre, c’est  l’esprit de la chose donnée . Marcel Mauss écrit :  Ce qui, dans le cadeau reçu, échangé, oblige, c’est que la chose reçue n’est pas inerte.